Les 6 grandes tendances de l’expertise comptable en 2021

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L’année qui s’achève s’est avérée exceptionnelle par de nombreux aspects, la crise sanitaire restant sans aucun doute l’événement majeur de 2020. Sur le plan économique, beaucoup d’entreprises ont plongé dans l’inconnu. Elles ont dû réinventer en quelques semaines, voire quelques jours, leur façon de travailler, de communiquer, de créer, ou de vendre. Les experts-comptables n’ont évidemment pas été épargnés par les conséquences de cette crise, cumulant réponses urgentes aux questions des clients et charge de la période fiscale. Paradoxalement, la crise a aussi accéléré la transformation numérique des cabinets, précipitant des évolutions attendues depuis plusieurs années. Pour reprendre la formule récente d’un rapporteur du Forum économique mondial, « ce qui était considéré comme l’avenir du travail est déjà arrivé ». Mais cette évolution conjoncturelle et soudaine ne doit pas faire oublier les grandes tendances structurelles du secteur de l’expertise comptable. Nous en identifions au moins 6 pour l’année 2021.

La généralisation du télétravail

La crise sanitaire a accéléré le recours au travail à distance, notamment par le moyen des visioconférences ou des messageries collaboratives. Toutefois, si le choix de l’outil le plus adapté est essentiel, la mise en place du télétravail ne peut se résumer à une solution technique. Elle implique aussi un changement en termes de gestion des équipes. Le manager doit compenser l’éloignement physique de ses collaborateurs en réinventant sa façon de communiquer, de fixer des objectifs, ou d’organiser des moments d’échanges informels

Mais que restera-t-il du télétravail après la crise sanitaire ? Il semble difficile d’imaginer un retour « au monde d’avant ». Les salariés par exemple, souhaiteraient conserver un rythme idéal de deux jours de travail à distance par semaine

Les experts-comptables comme la plupart des dirigeants d’entreprises, vont donc devoir mener une réflexion autour de l’organisation de leur cabinet. Car les tâches des collaborateurs sont diverses : 

  • certaines d’entre elles impliquent une proximité avec le client qui passera forcément par un rendez-vous physique dans les locaux du chef d’entreprise ; 
  • d’autres nécessitent une réflexion en mode collaboratif, pour exécuter une tâche complexe, ou avancer sur un projet par exemple. Dans ce cas, la présence en cabinet semble alors particulièrement adaptée ;
  • les collaborateurs ont enfin régulièrement besoin de réaliser des tâches qui nécessitent beaucoup de concentration et peu d’interactions avec les autres membres du cabinet. Dans ce cas, le télétravail est tout indiqué. 

Cette souplesse ne semble toutefois pas compatible avec le « management au temps passé » si fréquent en cabinet. Un management par objectif semble au contraire beaucoup plus adapté à ce nouveau mode d’organisation. 

Le travail à distance ouvre enfin de nouvelles perspectives aux cabinets. Ils ne dépendent plus seulement des compétences disponibles dans leur zone géographique. Rien n’empêche désormais de recruter un talent à l’autre bout de la France, voire du monde, ou de constituer un pôle délocalisé pour développer un marché ou une spécialité. 

La transformation de la relation avec les clients 

Toutes les études le montrent, les dirigeants d’entreprises ont fortement apprécié la proximité et l’écoute manifestée par les experts-comptables pendant la crise sanitaire. L’enjeu des mois à venir est donc de conserver ce lien particulier dans le temps

Là encore, difficile d’imaginer un retour à la situation « pré-covid ». Le numérique restera sans doute un mode de communication privilégié, et les réunions physiques seront probablement moins fréquentes qu’auparavant. Mais cela ne signifie pas que les attentes des clients ont reculé, bien au contraire. Dans le secteur de l’expertise comptable comme ailleurs, les entreprises expriment une demande croissante d’instanéité. Elles jugent par exemple à 90% qu’une réponse dans la journée à un mail est simplement « acceptable »

La transformation numérique est également l’occasion de revoir les modes de production du cabinet. Dans cet objectif, la mise en place d’outils collaboratifs semble être également une tendance de fond. Toutefois, fin 2020, seuls 47% des dirigeants utilisaient de tels outils pour échanger avec leur expert-comptable. Il reste donc encore du chemin à parcourir dans ce domaine. 

Le recours toujours plus massif à l’intelligence artificielle et aux algorithmes

Nous vivons actuellement une période charnière en matière d’intelligence artificielle. Utilisée au départ pour faire gagner du temps à l’humain, via la reconnaissance automatique par exemple, elle est de plus en plus exploitée pour enrichir des jeux de données existants. Elle permet d’aider à la prise de décisions ou à la réalisation d’analyses comparatives fines. 

Mais tous les acteurs du marché n’en sont pas au même point. Il y a parfois un écart important entre la communication et la réalité des technologies employées. 2021 permettra donc peut-être de faire le tri entre les entreprises qui ont réellement investi dans ce domaine, et celles qui n’ont fait que reprendre les buzzwords du moment. 

L’intelligence artificielle n’est toutefois pas la seule technologie pouvant faciliter le travail des experts-comptables. Des algorithmes plus classiques travaillent en ce moment même sur des données très structurées produites par la profession, comme le fichier des écritures comptables ou la DSN. 

Ce que l’on peut dire avec certitude, c’est que l’intelligence artificielle et les algorithmes vont continuer à entraîner de profonds bouleversements dans la profession. Toutefois, le risque est de rester simple spectateur de ce mouvement. Pour éviter cela les cabinets devront probablement investir plus massivement dans la recherche et le développement, à l’instar de leurs homologues anglo-saxons, ou a minima réaliser une veille technologique sur ce type de sujets. 

La montée en puissance de la facturation électronique

C’est désormais inscrit dans la loi, la généralisation de la facturation électronique interviendra entre 2023 et 2025. Les bouleversements qui en découlent sont nombreux.  

Au sein des entreprises, tout d’abord. Car elles vont devoir s’adapter pour transmettre des informations de facturation (e-invoicing), mais aussi des données connexes, actuellement absentes des factures (e-reporting), tant à des plateformes privées qu’à l’administration. 

Dans les cabinets ensuite, qui vont devoir faire face à une révolution de leur mode de production, la facturation électronique n’entraînant rien de moins que :

  • la fin de la saisie comptable telle qu’on la connaît ;
  • le pré-remplissage des déclarations de TVA par l’administration fiscale. 

Au-delà de l’acquisition des données, c’est la révision des comptes qui risque d’être également transformée. Car sur la base de ces flux de données structurées, de nouveaux algorithmes pourront permettre une véritable revue automatisée. 

Les éditeurs de la profession vont également devoir s’adapter à cette révolution annoncée. En effet, si la facture électronique signifie la fin du papier et de la reconnaissance automatique, elle va nécessairement être source de nouveaux services. 

Le basculement progressif de la valeur ajoutée, de la tenue comptable vers d’autres missions 

C’est une évidence, la tenue comptable ne constituera bientôt plus le centre de gravité des cabinets comptables. La généralisation de la facturation électronique parachèvera ce mouvement démarré il y a plusieurs années. Mais quelles sont les missions qui peuvent prendre le relais de la tenue ?  

On distingue généralement deux grands domaines : 

  • les missions d’accompagnement, récurrentes et à faible technicité (mission de recouvrement amiable, gestion administrative, tableaux de bord, etc.) ;
  • les missions de conseil, plus exceptionnelles, mais à forte valeur ajoutée (gestion de patrimoine, transmission d’entreprises, etc.).  

Les deux sont complémentaires. Car si les missions de conseil sont évidemment les plus rentables, leur caractère exceptionnel ne permet pas de les envisager comme substitution à la mission de présentation des comptes annuels. Les cabinets doivent donc réfléchir à leur offre de services, en proposant des missions récurrentes. Elles garantiront un revenu certes moins important, mais beaucoup plus régulier. 

L’exploitation des données produites par la profession

Les nombreuses tendances évoquées convergent toutes dans la même direction. Les experts-comptables vont disposer dans les années à venir de données toujours plus structurées, plus récentes, plus complètes,… et donc plus utiles pour leurs clients. 

L’enjeu n’est pas forcément technologique, car de nombreuses technologies sont d’ores et déjà disponibles. Il s’agit plutôt d’une question de positionnement de la profession et de transformation des cabinets. Sur ce sujet comme sur bien d’autres, la profession peut réfléchir à l’exploitation qu’elle souhaite faire des données qui sont et seront les siennes, en partenariat ou non avec les éditeurs du marché. 
Mais au sein des cabinets, l’exploitation des données soulève d’autres questions. Comment fiabiliser les données provenant de différentes sources (facturation, banques, client, etc.) ? Comment les interpréter ? De quelle façon les restituer au client ? Avec quels services et selon quel modèle économique ? Les experts-comptables disposent de peu de temps pour repenser leurs modes de production, leurs offres de services. Mais également pour mener une réflexion profonde autour des compétences qui seront indispensables dans les années à venir au sein des cabinets.

Replay webinaire : les tendances comptables 2021 décryptées par des experts
Retrouvez ici le replay de notre webinar consacré aux tendances de l’année 2021 dans le secteur de l’expertise comptable, avec Stéphanie Gueutin, experte-comptable, Stéphane Raynaud, directeur de la publication de La Profession Comptable, Julien Catanese, directeur éditorial de Compta Online, et Florent Dujardin, directeur France de Receipt Bank.