Ce 9 décembre 2025, Dext a convié des experts autour d’une table ronde pour évoquer les tendances comptables 2026. Un des thèmes traités concerne sans surprise l’IA dans les cabinets, et plus particulièrement l’arrivée prochaine de l’IA agentique.
La profession était représentée pour ce débat par Virginie Roitman, Présidente de l’OEC Paris Île-de-France, et Dominique Périer, président de FIDUNION et chargé des grands projets numériques à l’OEC. Côté éditeurs, Éric Choteau-Laurent, Président d’ACD et du Village Connecté ainsi que Florent Dujardin, DG de Dext France, ont participé aux échanges animés par Julien Catanese. Voici les grandes lignes des réflexions autour de cette notion d’agent intelligent pour la comptabilité.
Ces dernières années, l’émission sur les tendances comptables aborde régulièrement l'intelligence artificielle en comptabilité. Ainsi, en 2025, la table ronde a beaucoup débattu autour de la nouvelle tendance que constitue l’IA agentique.
Florent Dujardin explique les trois vagues successives d’intelligence artificielle qui ont émergé :
Voici les réponses à ce sondage lancé au cours de l’émission :
Pour un métier où le secret professionnel s’avère fondamental, la problématique de la sécurité reste toujours forte.
Dext a réalisé un autre sondage autour de l’IA en comptabilité. Il demande aux votants où l’IA va déplacer la valeur dans le cabinet. 53 % répondent l’assistance décisionnelle, 27 % le full service et 21 % l’expérience client. C’est donc l’aide à la décision qui domine clairement.
Même s’il semble bon d’adopter l’IA en comptabilité pour ne pas se faire distancer, la réalité montre une mise en œuvre encore limitée. Dominique Périer dit que la plupart des cabinets n’ont pas digéré correctement l’IA générative. Il pense qu’il faut prendre le temps de l'apprentissage de ces technologies. Cela permettra de les intégrer dans les outils de production, dans un objectif d’applications concrètes. En outre, il souligne les appréhensions qui existent face aux modèles et techniques IA.
« Qu’est-ce qui garantit que la réponse est juste ? » s’exclame-t-il.
Dominique Périer insiste sur l’importance de la formation afin de rendre les utilisateurs autonomes en cabinet. Elle vise à se servir correctement de l’intelligence artificielle. L’enjeu est d’éviter de se faire dominer par la machine. Il pense que l’IA génère de l’inquiétude chez les collaborateurs sur le devenir de leurs postes.
Enfin, il ajoute que toute la réflexion reste à mener sur l’organisation du cabinet du futur :
« Comment va-t-on produire demain et qu’est-ce qu’on vendra aux clients ? »
Florent Dujardin évoque aussi que le manque de confiance risque de freiner l’IA pour un logiciel de comptabilité, tout comme pour une voiture autonome. Les contrôleurs humains doivent conserver la possibilité de mener leurs contrôles.
Virginie Roitman évoque le fait qu’actuellement l’utilisateur en cabinet se contente souvent de ChatGPT. Elle cite les résultats réels et peu complexes obtenus avec l’IA générative : formuler une réponse dans un mail ou préparer un fichier PowerPoint. Elle conclut même sur ces services IA restreints en disant :
« C’est un amuse-bouche sympathique pour faire entrer le cabinet dans l’ère de l’IA. »
Elle attend bien davantage d’intelligence artificielle dans les outils de production comptable, alors qu’il existe déjà des voitures qui roulent sans chauffeur aux USA. Elle pointe du doigt une présence de l’IA dans les processus d'océrisation, mais absolument rien pour la révision ou pour une action de prédiction. Ainsi, elle fait remarquer :
« Je cherche un système pour un vrai budget de trésorerie qui s’alimente seul à partir du passé et je ne trouve pas. »
2026 sera l’année de cette nouvelle tendance IA agentique. Le train de l’IA dans les métiers de la comptabilité est en marche et le processus est irréversible. Florent Dujardin rappelle que l’IA générative a percé d’abord auprès du grand public, avant d'être adoptée ensuite par les entreprises. Il pense que pour l’IA agentique, le phénomène va s’inverser. Ceci explique qu’on en entend moins parler au quotidien.
Comme l’explique Éric Choteau-Laurent, l’intelligence artificielle intervient déjà souvent dans les outils utilisés par les cabinets. Certaines fonctionnalités IA se voient, d'autres non. Ainsi, pour les tâches de révision et d’analyse, pour le moment, c’est l’IA générative qui fonctionne déjà.
L’apport d’agents intelligents devrait arriver en 2026. C’est un déploiement ultra-rapide, quand on sait que fin 2024, personne quasiment n’évoquait ces concepts. En outre, la liste d’outils IA dans le monde est particulièrement riche.
Le fonctionnement évolue. Éric Choteau-Laurent explique en effet :
« Jusqu’à maintenant, on avait une solution et on faisait des fonctions IA. C’est en train de s’inverser. Désormais, on s’appuie sur l’IA pour développer des logiciels ».
Éric Choteau-Laurent explique que l’IA s’avère extrêmement coûteuse, quel que soit le secteur d’activité, pas seulement la comptabilité. Les agents intelligents bouleversent aussi le métier de développeur de logiciels. Il s’agit aujourd’hui de faire appel aux agents IA qui présentent le meilleur rapport qualité-prix, par rapport à la fonction recherchée.
Ainsi, la forte croissance de certains éditeurs s’effectue avec des effectifs assez stables, grâce à l’apport de l’IA. Et, parfois, il suffit d’utiliser une technologie IA qui date de deux ans pour développer certaines fonctionnalités, car elle coûte moins cher qu’une IA de fin 2025, mais elle remplit parfaitement la mission.
Florent Dujardin pour Dext et Éric Choteau-Laurent pour ACD et le Village Connecté ont donné des exemples d’IA agentique possibles dans leurs logiciels pour 2026.
Dext teste actuellement un agent IA qui observe les habitudes des collaborateurs. Par exemple, il peut suggérer de déduire automatiquement 80 % de la TVA sur les factures de carburant, pour de l’essence ou du sans-plomb 95. Le collaborateur peut autoriser l’agent IA à procéder ainsi. Il peut même lui demander de mettre un indicateur pour toutes les factures de ce type correspondant à des supermarchés. Le dialogue s’effectue en langage naturel et l’IA agentique analyse seule la problématique selon le contexte.
Un autre exemple pourrait concerner le fait de demander à l’agent intelligent de gérer seul les relances. Ainsi, il pourrait envoyer un message systématique à tous les clients qui n’ont pas réglé leurs factures au 1er du mois suivant.
Certaines règles comptables ne nécessitent pas l’intervention d’un collaborateur. Par exemple, un agent IA peut très bien créer une fiche d'immobilisation et prévoir le plan d'amortissement.
Pour aller bien plus loin, demain, le collaborateur fonctionnera en mode conversation avec l’agent intelligent. Il pourra presque démarrer ses tâches avec une page blanche dans le logiciel, comme avec tout outil IA. C’est les échanges avec la machine qui déduiront les travaux à effectuer par l’agent intelligent. Comme le précise Éric Choteau-Laurent :
« C’est déjà une réalité en logistique où l’agent IA prend des décisions pour du réapprovisionnement, des chargements, du dispatching, etc. »
Les logiciels de pré-comptabilité et de comptabilité réalisent déjà toutes les imputations comptables en automatique, pour les factures et les flux bancaires. C’est tout le principe de l’IA prédictive incorporée au machine learning. En revanche, l’étape plus avancée d’IA argentique concernera notamment le calcul en toute autonomie par l’agent IA du résultat fiscal, par rapport à l'historique et aux dossiers similaires.
Reprenons le sondage réalisé en cours de la table ronde Tendances Comptables 2026 et qui mettait en avant des inquiétudes sur la sécurité des données. Pourtant, nos deux experts de chez Dext et ACD/Le Village Connecté sont unanimes sur le sujet. Dès lors que les éditeurs incorporent l’intelligence artificielle au cœur de leurs logiciels, ce problème de confidentialité n’existe plus.
Les outils d’IA générative incorporés dans les applications du cabinet fonctionnent avec une anonymisation des données, puis une désanonymisation en retour. Mais, ceci ne correspond pas encore à l’IA agentique.
Par exemple, Éric Choteau-Laurent explique que son logiciel ne traite pas les FEC, mais directement la comptabilité du client. Ainsi :
« Nous anonymisons tous les libellés des comptes de tiers et des comptes courants d'associés. »
Florent Dujardin évoque le travail de tout éditeur de logiciel pour 2026 sur cet aspect sécurité et IA :
« Il doit prendre les algorithmes des LLM (large language models) et les mettre dans les interfaces des logiciels comptables. Cela sécurise les processus et affine les réponses, car l’IA se concentre sur un champ d’informations plus restreint et plus spécialisé. »
Tous ces échanges autour de l’intelligence artificielle et son évolution fulgurante ont conduit nos débatteurs à conclure que l’homme doit maîtriser cette technologie. Le risque serait sinon de perdre en compétence technique. Cela se produira si les humains se reposent sur leurs lauriers en considérant que l’agent IA réalise le travail en toute autonomie. À nous de toujours aller chercher plus loin, afin d’éviter de se faire remplacer par l’IA agentique. Et c’est bien là tout l’enjeu des missions de demain dans les cabinets d’expertise comptable. Vous souhaitez poursuivre la lecture ou l’écoute du débat sur cette thématique ou les deux autres ? Accédez au replay sur Youtube.