La réforme de la facturation électronique dépasse le fait d’émettre et de recevoir les factures dans un format numérique et structuré. Même si pour les petites entreprises l’obligation d’e-reporting semble encore lointaine (septembre 2027), ce volet n’en reste pas moins important. Le grand pilote mené actuellement par les instances nationales, les plateformes agréées et les entreprises doit permettre de tester en situation réelle l’e-reporting de la facturation électronique. La DGFiP et le FNFE ont profité des JFE de mai 2026 pour communiquer différentes bonnes pratiques en la matière et cet article les relaie.
La construction de l’e-reporting ainsi que la consolidation des différents e-reportings que comporte la réforme fiscale française semblent encore lointaines dans les cabinets. Pourtant, les experts-comptables ont tout intérêt à s’en préoccuper très tôt, car, en fonction des flux de leurs clients, des adaptations informatiques et une organisation spéciale s’imposent.
Le nom de la réforme française avec « facturation électronique » a longtemps prêté à confusion. Il s’agit plutôt d’une réforme de la TVA que des seules factures électroniques. Tant que certaines transactions de vente restent exclues de l’obligation de facturer dans ce format numérique imposé, la France exigera la déclaration des autres données indispensables à une connaissance parfaite de l’activité des entreprises. Ainsi, e-invoicing et e-reporting sont indissociables dans les faits.
Avec le projet VIDA, en 2030, les flux intracommunautaires rejoindront les opérations domestiques pour la facturation électronique. Mais, c’est seulement en 2030 et il restera de toute façon les exportations ainsi que les ventes en France à des non-assujettis.
Avec la TVA sur les encaissements pour les prestations de services, cela rajoute encore une catégorie de données à déclarer à la DGFiP : les dates de paiement.
La préparation du volet e-reporting, tant pour les données de transaction que celles de paiement, semble parfois reportée à 2027. Pourtant, c’est probablement la partie de la RFE qui peut revêtir le plus de complexité dans certaines entreprises.
Lors de la JFE du 5 mai 2026, Nadine Giraud, vice-présidente FNFE et membre du groupe de travail « bonnes pratiques », l’a rappelé à plusieurs reprises : l’e-reporting comporte 5 sous-reportings. L’envoi exige la constitution de 3 fichiers distincts par nature, c’est-à-dire, les données de vente, d’acquisition et de paiement.
Le Code général des impôts comporte des exclusions du e-reporting de transaction (article 261 et 261 E) :
Dans tous les cas, ce sont des prestations de services avec la TVA à l’encaissement ou des acomptes (biens et services). La transmission des informations de paiement concerne :
Important : les données de paiement pour les ventes B2B en France ne sont pas à porter sur le fichier e-reporting. En effet, la plateforme agréée les a déjà transmises au PPF, grâce au cycle de vie des factures avec le statut « encaissé » (inclus dans l’e-invoicing).
L’administration fiscale rappelle que ce qui compte pour l'éligibilité au e-reporting, c’est le fait d’être assujetti à la TVA française, qu'il s'agisse d’entités publiques, privées, françaises ou non. En effet, les entreprises étrangères sans établissement stable réalisent parfois des opérations situées en France et sont redevables de la TVA. Elles doivent alors déposer un e-reporting, mais jamais d’e-invoicing.
L’e-reporting de la facturation électronique ne constitue pas une simple formalité fiscale. Les experts-comptables doivent épauler les TPE et PME dans ce processus qui complète celui de la facture électronique.
Les entreprises au réel normal mensuel devront établir leurs e-reportings chaque décade. Pour le réel normal trimestriel ou le réel simplifié, c’est une fois par mois. L’auto-entrepreneur en franchise en base déclarera les informations tous les deux mois. Référez-vous au tableau publié sur impots.gouv.fr pour connaître la fréquence de ces obligations.
Parfois, le flou semble régner en matière d’e-reporting. Comme l’a résumé Nadine Garaud lors de la JFE, « tout ce qui ne relève pas du e-invoicing relève du e-reporting, même s’il existe quelques exceptions ». En outre, elle souligne que l’article 290 du CGI détaille les opérations à intégrer au e-reporting.
Les données de paiement des factures B2B ne sont pas à porter sur l’e-reporting. En effet, le pilotage de ces informations dépend de l’e-invoicing, avec le statut « encaissé » du cycle de vie.
Peu importe la fréquence du e-reporting, l’entreprise doit préparer trois fichiers par période et par plateforme agréée : données de transactions pour les ventes, celles pour les achats, ainsi que les données de paiement. Cela suppose souvent de consolider les informations remontées par numéro de SIREN et par PA. Si votre client dispose de plusieurs caisses enregistreuses, voire de ventes en ligne gérées sur un autre logiciel, la consolidation peut s’avérer complexe.
Rappelons que chaque entreprise doit déposer chaque sous e-reporting par SIREN et par PA. Cela signifie alors que le PPF réalise l’agrégation par SIREN, en cas d’existence de plusieurs PA.
La granularité des informations requises et leur nature varient en fonction de chaque sous-e-reporting.
Prenons l'exemple des transactions B2C pour comprendre la complexité que cela représente :
La fréquence du e-reporting intensifie les actions nécessaires par les collaborateurs tout au long du mois, en plus de l’obligation de déclaration de TVA. Cela suppose une réorganisation des tâches et un changement de posture. En effet, le travail s’effectue au fil de l’eau. Les statuts de factures sont à surveiller comme le lait sur le feu.
L’administration fiscale n’annonce pas de date précise pour la déclaration de TVA pré-remplie. Elle a cependant évoqué 2029 ou 2030. Des contrôles s'imposeront, voire des ajustements parfois. L’entreprise continuera de réaliser sa déclaration, ce qui maintient sa responsabilité. Si elle confie cette mission à son expert-comptable, il l’endosse, tout comme aujourd’hui, dans le cadre de son obligation de moyens.
Face à cette complexité du e-reporting pour la facturation électronique, voici quelques conseils prodigués par le groupe de travail « bonnes pratiques » du FNFE.
L'information requise est similaire à ce que la DGFiP demande pour l’e-invoicing. Aussi, le plus simple consiste à créer des factures électroniques du même type pour ces clients internationaux. Ainsi, la plateforme agréée peut extraire les données de ces fichiers structurés pour préparer aisément l’e-reporting.
Trop de TPE ne disposent toujours pas de logiciel capable de générer aisément les fichiers du type Z de caisse, en vue du e-reporting. La difficulté peut se situer au niveau de la consolidation des données, en cas de SIRET ou de caisses multiples. Ce sujet des caisses enregistreuses représente une des priorités pour les cabinets d’expertise comptable. L’objectif serait de démarrer l’année 2027 avec les bons outils.
Les importations de biens sont exclues du e-reporting. En effet, l’information provient du service des douanes. En cas d’achat sur une marketplace, assurez-vous de la provenance du produit et de son fournisseur. C’est important de contrôler qui fournit la facture dans un tel cas. C’est souvent la comptabilité qui permet ici d’identifier les bonnes informations pour le e-reporting. Le paramétrage correct de l’intégration de ces factures en comptabilité doit faciliter ensuite l’identification des données à déclarer.
Soit vous avez la capacité avec votre client de composer vous-même les fichiers e-reporting au format du socle, voire de les agréger. Cela peut s’effectuer notamment à partir des données de la comptabilité. C’est le cas pour les achats B2B internationaux. Les fichiers requis sont envoyés à la PA qui contrôle, puis transmet au PPF.
Soit, vous n’avez pas cette capacité technique. Alors, plusieurs possibilités existent au niveau de la solution compatible ou de la plateforme agréée. Par exemple :
Attention : les plateformes agréées doivent juste contrôler les données et les transmettre au PPF. En aucun cas, elles n’ont l’obligation de construire les fichiers e-reporting, ou de réaliser l’agrégation des informations. Certaines le proposent toutefois, comme la PA Dext.
Par rapport au besoin de consolidation des informations, pour certaines entreprises, il peut être intéressant de se poser la question d’affecter une PA par sous e-reporting ou par type de flux (européens et internationaux, par exemple).
C’est indispensable pour construire son e-reporting. Or, de nombreuses entreprises présentent des données peu fiables ou incomplètes sur ce plan. Se pose souvent la difficulté d'identification internationale de ces tiers. Vous pouvez, par exemple, mettre le code pays suivi des 16 premiers caractères de la raison sociale. Difficile d’imaginer confier la conception des fichiers à sa plateforme agréée, sans avoir d’abord complété le fichier des tiers. Les experts-comptables doivent donc accompagner les clients dans cette identification correcte des tiers à l’international, ainsi que des cas d’usage.
Assurez-vous de la totale traçabilité des éléments inclus dans les fichiers e-reporting, afin de contrôler le pré-remplissage de la TVA quand il sera mis en place. Si vous démultipliez les PA et les sous-reportings envoyés au PPF qui réalise leur agrégation, prenez garde au suivi.
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